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M. Grégoire Ahongbonon est d’origine béninoise. Il est venu s’établir à Bouaké, Côte d’Ivoire en 1971, comme réparateur de pneus. Son entreprise est vite devenue fructueuse, il faisait fortune. Il possédait quatre voitures-taxi lorsque son entreprise a commencé à décliner. Il a tout perdu. Père de famille de six enfants, il a sombré dans une grande dépression, errant dans les rues et habité par des idées suicidaires : personne ne voulait plus de lui. Baptisé et chrétien, il a rencontré un prêtre missionnaire qui en a pris soin. Il a renoué avec ses croyances religieuses, participant à des groupes de prière. Homme entreprenant, il a formé son propre groupe. Un jour, il s’est arrêté à regarder ces gens au comportement bizarre, errants dans les rues tout comme lui auparavant. Il a vu en eux ‘’…ce Jésus-Christ qu’il cherchait’’. Ce qui l’a amené progressivement à dépasser sa propre peur autour de l’ensorcellement. Avec sa femme, il a commencé par leur préparer de la nourriture qu’il allait distribuer dans la nuit. Puis il a amené son groupe de prière à peu à peu poser des gestes d’aide et de soutien. Comme ils allaient déjà supporter des malades laissés à eux-mêmes à l’hôpital de l’État à Bouaké, son groupe était connu des autorités en place. Un espace non utilisé de l’établissement leur a été fourni à leur demande pour donner un toit à ces malades errants dont plusieurs avaient des problèmes de santé mentale. Soutenus financièrement pour recevoir des soins, des médicaments et accompagnés au quotidien par une présence soutenante et chaleureuse, ces hommes et ces femmes ont vite récupérés. Ce qui a commencé à susciter l’intérêt des autorités médicales. La visite du Ministre de la Santé à l’hôpital a été un autre tournant pour le développement de l’œuvre. À la vue de ce qui s’y faisait, il a émis la directive qu’ils aient un local plus grand pour pouvoir créer un milieu de vie mieux adapté à leurs besoins. Des malades ‘guéris’ sont devenus à leur tour des aidants. C’est à ce moment qu’il a été mis en contact avec la situation des malades mentaux enchaînés aux arbres et dans les troncs d’arbres dans les villages. Ce qui l’a profondément révolté. En négociant avec les familles et le conseil du village, il a pu récupérer la majorité de ces hommes et de ces femmes, les amener consulter un psychiatre et leur assurer un milieu de vie plus adéquat à mesure qu’ils se rétablissaient. Rendus fonctionnels, ils sont soit devenus des intervenants pour d’autres malades mentaux ou ramenés dans leur village où leur retour a été négocié. Un suivi médical minimal a été mis en place en utilisant le dispensaire du village ou la mission. C’est ainsi que peu à peu a grandi l’Association Saint-Camille-de-Lellis (Saint Camille est le patron des soignants et des malades dans l’Église catholique). Des communautés missionnaires ont apporté financièrement aide, services et construction tout comme des regroupements philanthropiques qui se sont développés peu à peu en Europe. En 1998, au Congrès International pour la Santé Mentale de Trieste en Italie, l’Association Saint-Camille a reçu le prix ‘’Franco Basaglia’’ pour sa lutte contre l’exclusion sociale. Une consécration sur laquelle elle s’est appuyée pour aller chercher davantage de soutien financier à son œuvre (surtout en Europe) et ouvrir par la suite de nouveaux centres. En 2002, la guerre en Côte d’Ivoire a fait mal au développement de l’Association. Dans les Centres de Travail où se faisait de l’élevage (poules, porcs), on a dû abattre tous les animaux pour se nourrir et l’appauvrissement de la population a amené vandalisme et vols. Par contre, les forces rebelles ont reconnu le travail bénéfique de l’Association en les protégeant et en favorisant la circulation des personnes rattachées à la Saint-Camille. Par les contacts qu’avait développés M. Ahongbonon, l’Association est devenue durant les six mois les plus difficiles du conflit, le lieu d’approvisionnement en riz pour une bonne partie de la population démunie. Un exemple : l’ambassade canadienne à Abidjan (à la demande des Amis de la St-Camille et de Carrefour Canadien International) a donné 70 tonnes de riz à l’Association Saint-Camille à Bouaké pour être distribuées à la population. À tous les jours, une longue file de gens faisait la queue dans le Centre à Nimbo (banlieue de Bouaké) pour recevoir sa ration. L’organisation de la distribution du riz a été faite par les ex-malades intervenants au Centre. D’exclus par leurs pairs, ces hommes et ces femmes sont devenus leurs pourvoyeurs ! Après coup, une manifestation civique a été organisée par la population pour reconnaître l’action salutaire de l’Association Saint-Camille et les remercier. Une action permettant de changer le regard de la société africaine sur la maladie mentale. La Saint-Camille a grandi même dans le contexte politique difficile ivoirien. Des centres d’hébergement et de travail sont actuellement en place à Bondoukou et à Korhogo ; il en est de même à Bouaké en plus de l’hôpital St-Camille qui dessert les malades mentaux et la population. Depuis 2004 au Bénin, la St-Camille a mis en place des centres d’hébergement et de travail à Avrankou, un centre d’hébergement à Bohicon et une palmeraie où y travaillent des ex-malades ; à Djougou, un centre d’hébergement devrait ouvrir son portail à la fin du printemps 2010. Un petit Conseil d’administration de cinq personnes gère l’ensemble de l’organisation des services. Chaque centre a son directeur, son directeur-adjoint avec ses infirmiers, ses responsables d’ateliers de travail et ses intervenants (ces derniers sont pratiquement tous d’ex-malades). Un psychiatre fait la tournée des centres au moins une fois par mois et est disponible sur appel des infirmiers.
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